[Série technique] – Les chauffe-eaux électriques : comment réduire leur consommation d’énergie ?
Les chauffe-eaux électriques, autrement appelés « ballons d’eau chaude », sont des appareils électriques qui permettent de chauffer l’eau (l'eau chaude sanitaire ou ECS) et de la stocker à une température de consigne. Comment faire en sorte de limiter leurs déperditions et ainsi réduire la consommation électrique des ménages qui en sont dotés ?
Cet article se base sur un entretien réalisé avec Roman Nicolas de chez Enertech Scop qui nous a présenté le kit ThermEco visant à maîtriser les consommations électriques des chauffe-eaux.
Les chauffe-eaux électriques : une installation fréquente qui consomme de l’énergie
Comment fonctionnent les chauffe-eaux électriques ?
Les chauffe-eaux électriques fonctionnent comme une grosse bouilloire : l’eau froide est chauffée grâce à la présence d’une résistance électrique chauffante permettant de transformer l’énergie électrique en énergie thermique.
Cette résistance électrique va créer une dissipation d’énergie sous forme de chaleur : on appelle cela l’effet Joule !

Le ballon d’eau chaude classique, cylindrique, est un équipement fiable et facile à intégrer dans le logement. Les chauffe-eaux « plats » sont plus faciles à intégrer mais sont plus chers à l’achat.
La consommation électrique des chauffe-eaux en France
Les chauffe-eaux électriques, ça consomme beaucoup ?
Les chauffe-eaux électriques sont très répandus en France : on compte 17 millions d’unités de chauffe-eaux électriques en France, dont environ 15 millions sont situés dans des logements.
En moyenne, les ménages équipés d’un chauffe-eau électrique consomment 1300kWh/an d’électricité : il s’agit du 2e poste de consommation électrique des ménages lorsque leur chauffage est également électrique. Autrement, il s’agit du 1er poste de consommation électrique !
Ainsi, on estime que 42% des logements français sont équipés de chauffe-eaux électriques. En 2023, à l’échelle national, les ballons d’eau chaude représentent 15% de la consommation électrique du secteur résidentiel !
À ce titre, ils constituent un levier simple et rapide à mobiliser à l’échelle individuelle pour réduire les consommations d’énergie.
Quels sont les postes de consommation d’énergie des chauffe-eaux ?
La consommation électrique d’un ballon d’eau chaude se fait sur deux postes de consommation différents : l’énergie puisée et les pertes statiques.
- L’énergie puisée : celle-ci dépend de la durée des puisages (lorsque l’on prélève de l’eau chaude) et du débit des puisages (la quantité d’eau chaude par unité de temps).
- Les pertes statiques : elles sont liées au delta de température qu’il existe entre la température de consigne de l’eau dans le chauffe-eau (souvent autour de 60°C) et la température de la pièce (souvent autour de 20°C). Naturellement, la chaleur va chercher à s’équilibrer entre les deux milieux.
Les pertes statiques du chauffe-eau correspondent à 40% de leur consommation !
Ainsi, il est possible d’agir :
- En isolant le chauffe-eau pour limiter les déperditions statiques
- En maîtrisant la température de consigne du chauffe-eau
- En agissant sur l'énergie puisée en mettant en place de petits équipements et en adoptant des écogestes.
Réduire la consommation énergétique des chauffe-eaux électriques
Limiter les déperditions en isolant le chauffe-eau
La meilleure façon de limiter les pertes calorifiques d’un chauffe-eau est son isolation !
Certes, les chauffe-eaux sont déjà intrinsèquement isolés mais cela ne suffit pas avec un tel delta de température entre l'intérieur du chauffe-eau et l'air ambiant (avoisinant les 40°C !). En principe, les chauffe-eaux du marché sont isolés avec une couche de 38mm de polyuréthane : ce n’est pas du tout suffisant pour combler un tel delta de température.
Ainsi, il est possible d’ajouter une jaquette isolante qui se comportera à la manière d’une doudoune.
Dans le kit ThermEco, la jaquette isolante est composée d’un isolant multicouche ayant une résistance thermique R d’environ 1,8 m².K/W. Elle permet de couvrir des chauffe-eaux allant jusqu’à 300L de volume.
Nicolas Roman
L’ajout de cette jaquette isolante est pertinent même si le chauffe-eau est situé dans un espace chauffé.
En effet, dans un volume chauffé il fait généralement 20°C, contre 17°C pour un volume non chauffé. Cet écart est assez faible et ne vient pas contrebalancer les pertes statiques.
En revanche, la température de consigne choisie aura un impact sur la consommation d’énergie du chauffe-eau : le fait de la limiter est une manière complémentaire de baisser la consommation électrique du ballon.


Les mesures réalisées par Enertech Scop montrent que les chauffe-eaux ayant une température de consigne autour de 60°C ont des pertes calorifiques de plus de 800 kWh/an avant pose du kit ThermEco. Pour les chauffe-eaux dont la température de consigne était déjà de 50°C environ, les pertes étaient bien moindres, autour de 500 kWh/an.
Les pertes statiques sont une composante importante de la consommation électrique d'un chauffe-eau : lorsque l'on diminue la température de consigne, on diminue les pertes statiques et la consommation d'électricité !
Maîtriser la température de consigne du chauffe-eau
Afin de maîtriser la température de consigne du chauffe-eau, il est possible de placer un thermostat numérique sur le thermostat d’origine qui permettra de régler manuellement la température. Ce dernier est fourni dans le kit ThermEco.
Les boitiers d’origine sont difficiles à régler tandis que le thermostat numérique permet de choisir précisément la température de consigne.



Adopter des écogestes pour puiser moins d’énergie
La réduction des consommations de son chauffe-eau passe également par l’adoption de gestes simples :
- Eteindre le chauffe-eau si on s’absente plusieurs jours car d'après l'ADEME en 2022, "faire remonter l’eau en température consomme moins d'énergie que de la maintenir chaude inutilement pendant plusieurs jours".
- Mettre en place un limiteur de débit qui se pose au point de puisage (ex : mousseurs pour les robinets des lavabos, joints au niveau des douchettes. La douche est le poste le plus consommateur eau chaude ! En effet, 2/3 de l’ECS est consacrée à la douche en moyenne.
Le fait de limiter la température de consigne à 50-55°C permet également de "limiter les risques de brûlure, le développement de bactéries pathogènes et l’accumulation de calcaire" d'après l'ADEME en 2022.
Zoom sur les résultats du kit ThermEco :
Le kit ThermEco développé par Enertech comprend :
- une jaquette isolante
- un thermostat numérique
- des équipements pour limiter le puisage (mousseurs, joints)
- un économiseur d'eau pour les WC
A la suite de mesures réalisées dans 25 logements au sein desquels les chauffe-eaux ont été équipés, on constate en moyenne une réduction de 43% des pertes calorifiques. Ainsi, ces mesures sont faites sur des installations combinant jaquette isolante et thermostat numérique.
En moyenne sur les 25 logements, les pertes calorifiques s’élevaient à 650 kwh/an. Après la pose du kit complet, elles s’élèvent à 370 kwh/an en moyenne.
In fine, en termes de consommations électriques pour les ménages, on constate une économie de consommation électrique de 30% en moyenne des chauffe-eaux équipés, ce qui représente en moyenne 435 kwh/an/foyer soit 74 à 88€ /an. A titre de comparaison, les jaquettes isolantes présentes dans le commerce permettent de réaliser généralement 15% d’économie d’énergie.
A l’échelle nationale, l'extrapolation des mesures réalisées par Enertech montre que l'installation de leur solution sur tous les chauffe-eaux électriques représenterait une baisse de la consommation électrique nationale de 1,5% !
Le kit ThermEco permet également de réaliser des économies de consommation d'eau avec les équipements qui limitent le débit : les mesures témoignent d’une baisse moyenne de 15% de la facture totale d’eau potable, soit environ 75€/an.
Une intervention dans le logement qui peut se réfléchir collectivement
A Paris, on estime que 48% des logements du parc privé (essentiellement des copropriétés) sont au chauffage individuel électrique (APC et APUR, 2025).
Ces copropriétés possèdent probablement un chauffe-eau électrique également.
Cela représente environ 450 000 logements ! On les retrouve principalement dans les bâtiments anciens construits avant la 2nde Guerre mondiale.
Dans ces bâtiments anciens, la réduction des consommations énergétiques via l’intervention sur les modes de chauffage doit donc souvent se faire à l’échelle du logement.
Toutefois, il reste pertinent de collectiviser ces gestes privatifs à l’échelle de la copropriété. En effet, l’ensemble des copropriétaires, s’ils disposent de ballons d’eau chaude électriques individuels, peut décider collectivement d’agir sur leurs systèmes privatifs.
Il est en effet intéressant de faire des achats groupés de jaquettes isolantes par exemple : cela génèrera des économies d’échelle (frais de livraison et d’installation regroupés).
L’installation des éléments cités dans cet article peut être réalisée par un professionnel tel qu’une entreprise de plomberie classique, un auto-entrepreneur multiservices, ou encore l’entreprise de maintenance du chauffe-eau éventuellement.
Des personnes à l’aise avec le bricolage peuvent également les installer. A la manière d’une session de jardinage collective, certains habitants peuvent s’emparer du sujet et intervenir chez leurs voisins pour isoler les chauffe-eaux.
