[Série technique] Concevoir un projet de désimperméabilisation et de végétalisation
Cet épisode de la Série technique porte sur la conception des projets de végétalisation. Il fait référence au "Cahier des charges pour la conception d’un projet de désimperméabilisation / végétalisation en copropriété", rédigé par l'Agence Parisienne du Climat.
Le rôle de la copropriété dans la conception du projet : contextualiser !
En premier lieu, la copropriété doit fournir un maximum d’éléments de contexte à l’entreprise qu’elle missionne pour concevoir son projet, et faire part de ses envies/motivations.
En effet, la présentation de la copropriété et de ses espaces extérieurs permet à l’entreprise de comprendre dans quel espace elle interviendra et d’appréhender au mieux les éventuelles contraintes auxquelles elle devra faire face. De plus, la copropriété explicite ses attentes à l’entreprise via le « Cahier des charges pour la conception d’un projet de désimperméabilisation/végétalisation ».
Pour cela, la copropriété peut fournir :
- Des photos et des plans des espaces concernés par le projet en mentionnant notamment les objectifs du projet et les usages envisagés (l’exemple ci-dessous évoque le besoin d’intégrer un abri vélo ainsi que des cache-poubelles) ;
- Des éléments concernant le sous-sol en cas de désimperméabilisation de la cour ;
- Tout élément technique concernant la structure du bâtiment notamment en cas de végétalisation d’une dalle ou d’une toiture.


Lorsque la copropriété a fourni l’ensemble des éléments de contexte et de motivation du projet, l’entreprise sollicitée peut alors se lancer dans une phase de diagnostic qui permettra notamment d’évaluer la faisabilité technique du projet et la compatibilité avec les attentes de la copropriété.
La phase de diagnostic : comprendre les contraintes pour proposer une solution adaptée
Déterminer la faisabilité technique du projet
Une première visite de site permet de compléter les éléments fournis par la copropriété et de déterminer si des études préalables seront nécessaires pour connaître la faisabilité technique du projet.
Dans l’exemple ci-dessous, la visite permet de conclure que dans ce cas de cour avec des caves en sous-sol, il faudra étancher la végétalisation. Cependant, pour déterminer la hauteur de substrat qu’il sera possible de mettre, et quelle étanchéité sera la plus pertinente, une étude préalable devra être menée par une entreprise tierce.


Le Cahier des charges répertorie quelques études préalables qu’il peut être nécessaire de réaliser en complément de la visite de site. En voici quelques exemples :
- Sondages en cas de cour sur dalle ou au-dessus d’un sous-sol pour déterminer ce qu’il y a entre la cour et la dalle ;
- Diagnostic structure pour calculer la capacité portante d’une dalle ou d’une toiture terrasse ;
- Etude de perméabilité (test type Porchet ou Matsuo) pour connaître la capacité d’infiltration d’un sol ;
- Etudes liées à des risques géotechniques (remblais de mauvaise qualité ou bien sensibilité du gypse) ;
- Relevés topographiques et réseaux pour déterminer comment les eaux pluviales sont évacuées et quels changements sont à prévoir pour les gérer à la parcelle ;
- Vérification de l’étanchéité en cas de dalle ou de toiture terrasse
- Vérification de la sécurité et de l’accessibilité de la toiture terrasse
Pour les espaces en cour d’immeuble où l’on retrouve de la pleine terre et un sous-sol disponible, il est possible de réaliser des tests afin de vérifier la perméabilité du sol, s’il est pollué ou non, etc. Il est aussi parfois nécessaire de vérifier le risque géotechnique de la zone, notamment en présence de remblais ou de gypse qui sont des contraintes importantes pouvant être un frein à l’infiltration de l’eau.
Pour les espaces en cour d’immeuble sur dalle ou bien pour les toitures, les deux paramètres les plus fréquemment vérifiés sont la capacité portante de la dalle/toiture, ainsi que leur étanchéité. En effet, sur ce type d’espace ce n’est pas l’infiltration de l’eau qui est privilégiée mais son évapotranspiration. Cependant, il est nécessaire d’être conscient·e de ce que peut porter la structure avant de choisir le type de végétalisation qu’elle sera amenée à supporter.
Autres éléments à étudier
La phase de diagnostic permet d’étudier les contraintes techniques mais également les questions qui se posent d’un point de vue urbanistique et patrimonial, notamment dans le cas des projets qui touchent aux bâtiments en eux-mêmes.
La phase de conception : réfléchir à un projet répondant aux exigences de la copropriété ainsi qu’aux contraintes de l’espace choisi
Les esquisses : une première image du projet
La réalisation d’esquisses par l’entreprise permet de créer un premier aperçu de ce à quoi ressemblera le projet. Une esquisse prend en compte les contraintes étudiées dans la phase diagnostic ainsi que les envies de la copropriété.
On y retrouve les grandes lignes du projet ainsi que les intentions des différents espaces.
Grâce aux esquisses, la copropriété peut se projeter et valider les idées proposées par l’entreprise.


Les études de projet : un ensemble de livrables permettant de décrire le projet
Les études de projet sont décrites dans le Cahier des charges par un ensemble d’éléments techniques paysagers qui viennent préciser l’aspect des espaces par rapport aux esquisses précédemment citées.
Ces derniers sont regroupés dans un ensemble de livrables que la copropriété commande à l’entreprise via le Cahier des charges :
| Livrable | Données clefs |
| COURS D’IMMEUBLE | |
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Plan de masse et coupes |
Croquis en plan et en coupe visant à faire comprendre les intentions précises du projet :
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Plan de plantation |
Dessin en plan permettant de sectoriser les différentes plantes prévues dans le projet, en précisant les espèces concernées.
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Palette végétale
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Liste des végétaux utilisés à partir du plan de plantation.
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Plan des revêtements |
Croquis en plan visant à qualifier les sols dans le projet. Il mentionne notamment le caractère perméable ou imperméable des revêtements.
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Calcul de la lame d’eau abattue par l’espace libre après réalisation du projet |
Cela correspond à la quantité d’eaux pluviales qui n’est pas redistribuée au réseau d’assainissement et qui est valorisée directement là où elle tombe.
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| TOITURES TERRASSES | |
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Plan de masse |
Croquis en plan visant à faire comprendre les intentions précises du projet :
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Plan de plantation |
Dessin en plan permettant de sectoriser les différentes plantes prévues dans le projet, en précisant les espèces concernées. |
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Palette végétale
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Liste des végétaux utilisés à partir du plan de plantation.
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Coupe de la toiture terrasse végétalisée |
Représentation en coupe du complexe isolation/étanchéité/couche drainante/couche filtrante/support de culture/végétalisation avec mention de la hauteur de substrat.
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Selon le type d’espace considéré par le projet et donc le type de végétalisation souhaité, différentes données clefs seront mentionnées dans les plans conçus par l’entreprise.
Par exemple, dans le cas d’une cour d’immeuble en pleine terre, la perméabilité des revêtements est une donnée primordiale pour expliciter l’ambition du projet en matière de gestion des eaux pluviales. Dans le cas d’une toiture végétalisée, il s’agira plutôt de la hauteur de substrat qui, couplée à une palette végétale spécifique, influence directement le type de toiture végétalisée qui est choisi.
Le plan de masse

Le plan de masse ci-dessus localise les différents éléments/espaces du projet.
Les légendes explicitent les différents types d’espaces, leur superficie, leur éventuel usage etc. :
- une surface de 13m² en pavés joints pour garder un espace de circulation ;
- des dalles végétales représentant une surface de 17,5m²
- Des massifs plantés sur près de 50m²
- Installation d'un support pour les vélos ;
- Mise en place de cahe-poubelles.
- etc.
Cela permet de bien comprendre le projet !
Le plan de gestion des eaux de pluie


Afin de bien comprendre comment seront gérées les eaux de pluie dans un projet de désimperméabilisation d'une cour d'immeuble, il est important de produire :
- Un plan de nivellement permettant de comprendre où sont les points bas de la cour et dans quelle direction les eaux de pluie s'écoulent ;
- Un plan de gestion des eaux de pluie à l'issue du projet indiquant quelles sont les zones vers lesquelles l'eau se dirigera et au sein desquelles elle s'infiltrera en cas de pleine terre, ou sera temporairement stockée en cas de dalle.
Dans le cas d'une toiture, il sera important de prévoir des coupes permettant de visualiser le futur complexe d'étanchéité et de végétalisation avec notamment la hauteur de substrat.
Plan de plantations

Le plan de plantations ci-dessus localise l’emplacement de l’ensemble des plantes du projet, avec une abréviation qui désigne l’espèce du sujet planté.
Palette végétale


La palette végétale permet de lister l’ensemble des plantes sélectionnées par le paysagiste. Les plantes sont classées par type d’espaces.
La palette végétale doit être constituée idéalement :
- D'une galerie permettant de visualiser les différentes espèces
- D'un tableau de dénombrement permettant de connaître le nombre d'individus de chaque espèce, de connaître la strate à laquelle l'espèce appartient, et si elle est régionale ou non. Ce dénombrement permet notamment de calculer le taux de régionalité de la palette.
Privilégier des espèces dites régionales permet d'avoir un projet comprenant des espèces adaptées à la biodiversité locale !
Concevoir un projet de végétalisation suppose finalement l’implication de différent·es acteur·rices que sont les copropriétaires à l’origine du projet, ainsi que les entreprises qui vont répondre à la commande de la copropriété dans les phases de diagnostic et conception. C’est pourquoi le Cahier des charges est un outil précieux, permettant de guider chacune des parties dans leurs rôles respectifs et de faciliter l’expression de la demande pour la copropriété.
